Le
premier
Conte au Monde, connu et surtout retrouvé. 
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Le manuscrit du Conte des Deux Frères, dû à un scribe du nom de Ennema.
Il est aussi appelé Papyrus d'Orbiney.
Il est conservé au British Muséum.
Ce conte de la fin de la XIXe dynastie, écrit avec une extrême simplicité, sans aucune prétention littéraire, se lit aisément et comporte peu de difficultés d'interprétation.
Il présente
également le grand avantage d'être complet.
Il s'agit en fait de l'amalgame de deux contes distincts à l'origine
qui ont été adroitement réunis.
Ce petit roman, essentiellement psychologique, devait avoir, selon le goût égyptien, quelque contact avec le monde surnaturel. De ce fait, le merveilleux y joue son rôle : les animaux parlent, les dieux interviennent, le personnage principal prophétise. De plus, les deux frères portent des noms divins : l'aîné, Anoup ou Anubis et le cadet Bata.

Le conte des deux frères




Premier conte
- La
donnée du premier conte est classique et reprend un thème universel
: l'amour puis la colère d'une femme pour un jeune homme qu'elle n'a
pas le droit d'aimer et qui, repoussant ses avances, est accusé par elle,
auprès de son mari, d'avoir voulu lui faire violence. Ce thème
se retrouve, avec des variantes, dans l'épisode de Joseph et de la femme
de Putiphar (Genèse, 39) et dans l'histoire de Phèdre et de son
beau-fils Hippolyte (Euripide).

Il y avait une fois deux frères ; ils étaient enfants du même père et de la même mère.
L'aîné s'appelait Anoup (ou Anubis) ; il avait une femme et il possédait une maison.
Quant au frère cadet, Bata, il menait une vie de cadet : c'était lui qui tissait les étoffes ; lui qui marchait derrière les bestiaux qu'il menait paître aux champs ; il filait sa quenouille ; c'était lui qui labourait, qui bêchait, qui sarclait et qui moissonnait, qui battait le grain.
C'était un bon ouvrier qui n'avait pas son pareil sur la terre entière.
Et tous les jours il revenait des champs, marchant derrière ses vaches, chargé d'un lourd fardeau d'herbes coupée, comme on fait au retour des champs pour la nourriture des bêtes pendant la nuit.
Il déposait ce faix devant son frère, qui était assis avec sa femme, puis il allait dans son étable, avec las vaches, boire, manger et dormir.
Et quand la terre s'éclairait et qu'un autre jour était venu, il faisait cuire les pains et les déposait devant son aîné.
Et celui-ci lui donnait sa part de pain pour aller aux champs.
Il emmenait alors les vaches au pâturage, les poussant devant lui.
Et tandis qu'il allait derrière les vaches, elles lui disaient "Elle est bonne, l'herbe en tel endroit."
Il écoutait ce qu'elles disaient, il les menait au bon herbage qu'elles souhaitaient.
Et alors les vaches qui étaient avec lui devenaient belles, et bien grasses, et elles avaient de petits veaux.
Et une
fois, à la saison du labourage, son frère aîné lui
dit : "Prépare notre attelage pour nous mettre à labourer.
Toi, va-t'en aux champs porter les semences et nous nous mettrons à labourer
demain matin."
Ainsi parla-t-il et le cadet fit toutes les choses que son grand frère
lui avait recommandées.
Lorsque la terre s'éclaira et qu'un autre jour fut, ils allèrent aux champs avec leur attelage pour labourer et ils n'abandonnèrent pas leur tâche de toute la journée, et le travail rendit leur coeur joyeux.
Et après bien des jours ainsi employés, ils étaient encore aux champs en train de manier la houe ; le grand frère appela son frère cadet en lui disant : "Cours au village et apporte-nous les semences !"

Le cadet retourna à la maison ; il y trouva la femme de son frère
en train de se faire coiffer ; on refaisait les innombrables petites nattes
serrées, qu'il fallait plusieurs heures pour arranger sur sa tête,
et qu'elle gardait ensuite pendant longtemps.
Le cadet lui dit : "Debout ! Donne moi les semences, que je les rapporte aux champs en courant, car mon frère aîné m'a dit en m'envoyant : point de paresse ! "
Sans se déranger, la femme lui dit : "Va, ouvre la huche de terre
battue et emporte ce qu'il te plaire, mais je ne veux pas interrompre ma coiffure
pour te servir."
Le garçon pénétra dans l'étable, choisit une énorme jarre (car son intention était de prendre beaucoup de grains ), la remplit de blé et d'orge et sortit, ployant sous le faix.
Elle lui dit : "Ton épaule est bien chargée. Quelle quantité as-tu prise ?"
Il répondit : "Orge : trois mesure ; froment : deux mesures. Total : cinq. Voilà ce que supporte mon épaule."
Elle reprit : "Tu as bien du courage, chaque jour je constate que tu deviens de plus en plus fort."
Elle le regardait en l'admirant.
Soudain, elle se leva et lui dit : "Tu es plus fort que ton frère aîné. J'aurais dû t'épouser !"
Le garçon, enragé comme un guépard du midi parce qu'elle avait l'air de critiquer son mari, se fâcha contre elle, l'accusa de tenir de vilains propos et elle eut peur, et la voilà qui se mit à chercher un moyen de se débarrasser de lui.
Il rechargea son fardeau et s'en alla aux champs.

Quand il eut rejoint son grand frère, ils se remirent au travail.
Sur le moment du soir, tandis que l'aîné retournait à la maison, le frère cadet raccompagnait les bestiaux à l'étable et rapportait les outils.
Comme la femme avait peur à cause des propos qu'elle avait tenus, elle prit de la graisse, un chiffon et imita sur sa propre peau les meurtrissures qu'on porte après avoir été roué de coups par un malfaiteur.
En arrivant à la maison, selon son habitude de chaque jour, le mari trouva sa femme gisante et dolente ; elle ne lui versa point de l'eau sur les mains selon son habitude de chaque jour ; elle ne fit pas la lumière devant lui, mais la maison était sombre et elle gisait, toute souillée.
Son mari lui dit : "Qu'est-il donc arrivé ?" et voilà qu'elle lui dit : "C'est ton frère cadet. Lorsqu'il est venu prendre les semences pour toi, me trouvant assise toute seule, il s'est mis à dire du mal de toi, et à dire que j'aurais dû l'épouser, lui ! et moi je ne l'écoutai point. Je lui dis : "Ton grand frère n'est-il pas pour toi comme un père ?" Il eut peur, il me roua de coups pour que je ne te fasse point de rapport. Si tu permets qu'il vive, je me tuerai ; car si, en revenant le soir, il apprend que je me suis plainte de ses vilaines paroles, qu'est ce qu'il fera ?"
Le grand frère se monta comme un guépard du midi, il affila son couteau et le prit bien en main.
Il se tint derrière la porte de son étable pour tuer son frère cadet, lorsque celui-ci ferait rentrer ses bêtes dans l'étable.
Et quand, le soleil couché, le frère cadet arriva selon son habitude de chaque jour, son fardeau d'herbes sur le dos, poussant les vaches devant lui, la vache de tête, dès son entrée, dit à son gardien :
"Voici ton grand frère qui te guette, derrière la porte, avec son couteau, pour te tuer. Sauve-toi ! "
Il entendit ce qu'elle disait et la seconde, entrant à son tour, répéta la même chose : "Attention ! Ton frère est derrière la porte, qui attend pour te tuer avec son couteau !"
Il se baissa et regarde par-dessous la porte de l'étable ; il aperçut les pieds de son frère aîné qui se tenait derrière, son couteau à la main.
Il posa là son fardeau d'herbes et se mit à courir de toutes ses jambes, et son frère partit à sa poursuite, le couteau à la main.

Le frère cadet invoqua Râ-Harakhty, le soleil, disant : "Mon bon maître, c'est toi qui fait la différence entre le juste et l'injuste !"
Et Râ-Harakhty entendit sa plainte, et il fit apparaître une eau immense entre lui et son grand frère, une eau pleine de crocodiles ; l'un se trouvait d'un côté, l'autre de l'autre.
Le grand frère par deux fois lança sa main pour le frapper, mais il ne put l'atteindre.
De l'autre rive, le cadet le héla et lui dit : "Reste là jusqu'à ce que la terre s'éclaire.
Quand le disque solaire s'élèvera, je plaiderai avec toi devant lui afin de rétablir la vérité, mais je ne serai plus avec toi, jamais, je ne serai plus dans les lieux où tu seras, j'irai au val de l'Acacia, sur les côtes du Liban ! "
Quand la terre s'éclaira et qu'un second jour fut, Râ harakhty s'étant levé, chacun d'eux aperçu l'autre.
Le garçon adresse la parole à son grand frère, lui disant : "Pourquoi viens tu derrière moi pour me tuer en traître, sans avoir entendu ce que ma bouche avait à dire ? Je suis ton frère et tu es comme mon père, n'est-il pas vrai ? Or, quand tu m'as envoyé chercher les semences, ta femme m'a dit : "Tu es plus fort que ton frère aîné." Je n'ai pas répondu et cela a été perverti pour toi en autre chose"
Et il jura par Râ-Harakhty, disant : "Dire que tu es capable de te cacher, ton poignard à la main, pour me tuer en traître. Quelle trahison ! quelle infamie !"
Il prit une serpe à couper les roseaux, s'en donna un grand coup qui le blessa, puis s'affaissa et s'évanouit.
Le grand frère maudit son propre coeur, et il resta là à pleurer ; il s'élança, mais il ne put passer sur la rive où était son frère cadet, à cause des crocodiles.
Alors le frère cadet le héla et lui dit : "Ainsi tandis qu'on m'accusait d'avoir dit une mauvaise parole, tu n'as pensé à aucune des choses que j'ai faites pour toi ! Ah ! Va t'en à la maison, soigne toi-même tes bêtes, car je ne demeurerais plus à l'endroit où tu es, j'irai au Val de l'Acacia.
Et voici ce qui arrivera.

J'arracherai mon coeur par magie et je le placerai sur le sommet de la fleur de l'acacia.
Et lorsqu'on coupera l'acacia et que mon coeur sera tombé à terre, tu viendras le chercher.
Quand il te faudra passer sept années à le chercher, ne te rebute pas ; mais une fois que tu l'aura trouvé, mets-le dans un vase d'eau fraîche et je vivrai de nouveau pour rendre le mal qu'on m'aura fait.
Or si la bière contenue dans la cruche qu'on met dans ta main jette de l'écume, ou si le vin se trouble lorsqu'on te donnera une cruche de vin, tu sauras qu'il m'arrive quelque chose.
Ne tarde pas à te mettre en route tout de suite après, parce que j'aurai besoin de toi."
Et il s'en alla au Val de l'Acacia.
Et son grand frère s'en retourna à la maison, la main sur la tête, le front souillé de poussière en signe de deuil.
Arrivé à la maison, il tua sa femme, la jeta aux chiens et demeura en deuil de son frère cadet.




* Anubis ou Inpou
Centre de culte, origine : Il est originaire du 17 ème nome occidental de Haute-Egypte. On n'a identifié qu'un seul temple qui lui est propre, dans la ville de Cynopolis (Henou) dont il était la divinité principale.
Nom égyptien : Inpou : ou : " Celui qui a la tête d'un chien sauvage"
Dieu grec assimilé : Les Grecs l'identifièrent plus tard à leur dieu Hermès, sous le nom composite d'Hermanubis.
Animal assimilé : canidé (chacal ou chien ?). Les chiens sauvages et les chacals qui erraient dans les nécropoles venaient fouiller les déchets, creusaient les abords des tombes et, parfois, déterraient les morts. Afin de prévenir leurs ravages et les rendre favorables aux défunts, les Égyptiens les auraient divinisés en leur attribuant le rôle de gardiens des nécropoles.
Description : Dieu représenté avec un corps d'homme et une tête de canidé, ou bien entièrement sous les traits d'un canidé(chien ou chacal), qui préside à la mort et à l'embaumement. Ces deux caractéristiques dérivent sans doute du fait que chacals et chiens sauvages peuplaient les étendues désolées des régions où se trouvaient les nécropoles. Le noir de son pelage, couleur bénéfique des corps momifiés et aussi de la riche terre déposée par le Nil, symbolise la renaissance et, par là-même, le domaine funéraire. "Seigneur de la Terre consacrée", à savoir de la nécropole, Anubis était responsable de la momification du défunt et reçût le nom de "Celui qui se tient devant la cabane divine" (la cabane ou la tente où avait lieu la momification). Le dieu acquit donc de l'importance dans les fonctions liées au trépas et devint le dieu universel des funérailles après avoir assimilé les divinités funéraires Sokaris, Oupouaout, Khentamentiou, Ha et Amentit. Lors des funérailles, un prêtre portait le masque d'Anubis pour célébrer une partie du rituel. Il dispense aux mort l'offrande funéraire et demeure "Seigneur des défunts", jusqu'à la Vème dynastie, époque à laquelle Osiris le supplante. La popularité du culte d'Osiris et la diffusion de textes funéraires contenant des descriptions détaillées de l'au-delà ne pouvaient pas exclure Anubis, dieu des morts. Il devint un personnage de premier plan et apparaît surtout dans la scène de la psychostasie, pendant le Jugement d'Osiris. D'autres illustration le présentent comme un embaumeur ou un gardien, auquel cas il revêt la forme d'un chacal noir couché. Dans son rôle de gardien des momies durant la nuit contre les forces du mal, Anubis figure souvent à l'entrée des tombes, avec souvent deux images en miroir. L'ascendance d'Anubis n'est pas déterminée clairement. Fils de la vache Hesat, de Bastet ou, plus tardivement, de Nephthys, il peut avoir Râ comme père mais est, le plus souvent, défini comme fils illégitime d'Osiris et de Nephtys.
Selon le Livre des Morts, sept esprits (Amset, Hapy, Duamutef, Qebehsenuf, Maa-an-tef, Kherybakef et Mekhenti-irti) formaient sa suite et gardaient le cadavre d'Osiris ; dans d'autres versions ces sept esprits sont Nedyehdyeh, Aqedqed, Ka-en-rdi-en-ef-nebi-jenty-hut-ef, Aqherimyunutef, Decher-irty-imy-hut-insy, Aseb-her-per-em-khetkhet et Maa-em-kerh-an-nef-em-Hor.



* Bata
Description
: Il joue un rôle important dans le conte des deux frères (XIXe
dynastie) Anubis et son frère Bata vivent dans la plus parfaite entente
fraternelle jusquau jour où la femme du premier, amoureuse du second,
crée la discorde entre les deux.
Il passait à la basse époque pour être Seth lui-même.
Il a été remplacé par Anubis à Saka en Haute Egypte.