Deuxième
conte
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La magie prédomine nettement dans le deuxième conte centrée autour des mythes égyptiens de la vie, de la mort et de la résurrection.

Le conte deux frères


Longtemps, beaucoup de jours après, le frère cadet vécut au Val de l'Acacia.
Devenu " un corps sans âme ", il passait la journée à chasser les bêtes du désert et la nuit il dormait sous l'acacia au sommet de la fleur duquel était placé son coeur.
Et il construisit de sa main, dans le Val de l'Acacia, une ferme bien aménagée pour avoir un toit sous sa tête et une maison où habiter.
Un jour, comme il sortait de sa maison, il rencontra l'Enneade, les neuf dieux qui s'en allaient régler les affaires de l'Égypte.
Les neuf dieux parlèrent tous ensemble pour dire : "Oh, Bata, n'es tu pas seul ici pour avoir quitté ton pays à cause de la femme d'Anoup, ton grand frère ?
Voici : il a tué sa femme et tu es vengé."
Leur coeur souffrit pour lui en le voyant vivre solitaire, et Râ-Harakhty dit à Khnoum, le modeleur de corps d'enfants : "Oh ! Fabrique une femme à Bata, afin qu'il ne reste pas seul."
Khnoum lui modela, pour demeurer avec lui, une compagne, la plus belle de toutes les femmes sur la terre-Entière.

Les sept hâthors vinrent la voir et prédirent d'une seule bouche : "Elle mourra par le glaive."
Bata l'aimait, l'aimait beaucoup.
Elle restait dans sa maison, tandis que, tout le jour, il chassait les bêtes du désert pour les déposer à ses pieds.
Il lui dit : "Ne vas pas dehors, de peur que le Nil ne te saisisse, tu n'échapperais pas, car tu n'es qu'une femme. Quant à moi, mon coeur est posé au sommet de la fleur de l'acacia et si un autre le trouve, il me faudra me battre avec lui."
Et il lui confia donc tout ce qui concernait son coeur.
Et après beaucoup de jours encore, Baté étant allé à la chasse selon son habitude de chaque jour, comme la femme était sortie pour se promener sous l'acacia qui ombrageait sa maison, voici : elle aperçut le Nil envoyer ses vagues vers elle ; elle se mit à courir et se réfugia dans sa maison.
Le fleuve cria : "Que je m'empare d'elle !" et l'acaciz livra une tresse de ses cheveux.
Cette tresse, le Nil l'emporta jusqu'en Égypte ; il la déposa au lavoir des blanchisseurs du Pharaon et l'on gronda les blanchisseurs, disant : "Il y a une odeur de pommade dans le linge de Pharaon."
Et de jour en jour on les réprimanda de plus belle, et ils ne savaient plus ce qu'ils faisaient, jusqu'à ce qu'enfin le chef des blanchisseurs de Pharaon vînt au lavoir, car son coeur était dégoûté des reproches qu'on lui faisait chaque jour.
Il s'arrêta, il se tint devant le lavoir juste en face de la boucle de cheveux qui flottait dans l'eau.
Il fit descendre quelqu'un et on la lui apporta.

Trouvant qu'elle sentait bon, il la porta au Pharaon.
On alla chercher les scribes sorciers du Pharaons et ils dirent au maître :"Cette boucle de cheveux appartient à une fille de Harakhty qui est d'essence divine. Puisque c'est un hommage qui te vient d'une terre étrangère, envoie des messagers vers toutes les terres étrangères pour chercher cette créature, et envoie beaucoup d'hommes avec le messager qui ira au Val de l'Acacia pour la ramener."
Et Sa Majesté déclara : "c'est parfait, parfait.", et on fit partir les messagers.
Et après beaucoup de jours encore, les hommes qui étaient allées vers la Terre-Etrangère vinrent faire leur rapport à Sa Majesté ; seuls ne revinrent pas ceux qui étaient allés au Val de l'Acacia : Bata les avaient tués ; il n'en avait épargné qu'un pour venir faire son rapport à Sa Majesté.
Sa Majesté fit alors partir beaucoup d'hommes et d'archers, et même des gens avec des chers de guerre pour ramener la créature, et il y avait même un femme pour lui tenir compagnie et l'aider à se parer.
Ils la ramenèrent en Égypte et on se réjouit de la voir dans la Terre-Entière.
Sa Majesté l'aima beaucoup, beaucoup, et elle devint sa grande Favorite.
On la fit parler de son mari et elle dit à Sa Majesté : "Qu'on coupe l'acacia et mon mari sera détruit !"
On envoya des hommes et des archers avec leurs outils pour abattre l'acacia ; ils coupèrent la fleur sur laquelle était le coeur de Bata, et il tomba mort en cette heure malencontreuse.

Quand le second jour éclaira la terre après que l'acacia eut été coupé, Anoup, le grand frère de Bata, entra dans sa maison et s'assit après avoir lavé ses mains ; on lui servit une cruche de bière et voilà que la bière jeta de l'écume ; on lui en donna une autre de vin et voilà que le vin se troubla et devint lie.
Il saisit ses sandales, son bâton, ses vêtements et ses armes et se mit en marche vers le Val de l'Acacia.
Il entra dans la maison de son frère cadet et il trouva son frère étendu mort sur le cadre de son lit.
Il s'en alla aussitôt pour chercher le coeur de son frère sous l'acacia à l'abri duquel le frère couchait le soir ; il chercha, il chercha trois années, se consumant à chercher sans rien trouver.
Il entamait la quatrième année lorsque, obéissant au désir de son coeur de retourner en Égypte, il se dit : "Je partirai demain."
Et quand un nouveau jour éclaira la terre, il alla sous l'acacia et passa la journée à chercher encore. Au soir, au moment de rentrer, comme il chercha encore du regard autour de lui, il trouva une graine qu'il emporta.

Et voici, c'était le coeur de son frère cadet.
Il apporta une tasse d'eau fraîche, y jeta la graine et s'assit selon son habitude de chaque jour.
Et lorsque la nuit vint, le coeur ayant absorbé l'eau, Bata tressaillit de tous ses membres et se mit à regarder fixement son grand frère.
Anoup saisit la tasse d'eau fraîche où était le coeur de son frère cadet ; celui ci but; et son coeur fut remis en place et bata redevint comme autrefois.
Chacun d'eux embrassa l'autre et il parlèrent ensemble comme deux compagnons, puis bata dit à son frère aîné :
"Voici, je vais devenir un grand taureau, un taureau sacré Apis : poil noir, tache blanche en triangle sur le front, un vautour aux ailes déployées sur le dos, l'image d'un scarabée sur la langue et tous les poils de la queue doubles.
Toi, tu t'assiéras sur mon dos, quand le soleil se lèvera, et lorsque nous serons au lieu où est ma femme, je prendrai ma revanche.
Toi, conduis moi à l'endroit sacré et on te fera bonne chère, on te chargera d'argent et d'or pour m'avoir amené au Pharaon, car je serai un grand miracle et on se réjouira dans la Terre-Entière, et puis tu t'en iras chez toi."
Et quand le jour suivant éclaira la terre, bata se changea en la forme d'un taureau, comme il l'avait dit.
A l'aube, Anoup son grand frère, s'assit sur son dos, et il arriva à l'endroit désigné. On fit connaître le taureau à Sa Majesté, elle l'examina, elle reconnut tous les signes.
Elle eut de la joie, beaucoup, beaucoup, elle lui fit une grande fête, disant :
"C'est un miracle qui se produit !" et on se réjouit à cause de lui dans la Terre-Entière.
Le grand frère fut chargé d'or et d'argent et alla s'établir dans son village.

Quant au taureau, il fut installé avec beaucoup de serviteurs et beaucoup de biens, car le Pharaon l'aimait beaucoup, beaucoup.
Et bien des jours après cela, le taureau en se promenant entra au harem et s'arrêta devant la favorite, et se mit à lui parler, disant :
"Vois, moi, je vis tout de même."
Elle dit : "Toi, qui es tu donc ?"
"Moi, dit-il, je suis Bata. Tu savais bien, quand tu as dit à Pharaon de faire abattre l'acacia, que c'était me mettre à mal et m'empêcher de vivre, mais moi, je vis tout de même, je suis taureau."
Il sortit du harem et la favorite du Pharaon eut peur de ce que lui avait dit son mari.
Sa Majesté, étant venue passer un jour heureux avec elle, l'admit à sa table et fut bon pour elle et plein d'attentions polies.
Elle dit à sa Majesté : "Jure moi par Amon Râ et dit : Ce que tu demanderas, je te l'accorderai."
Il consentit et elle parla ainsi :
"qu'il me soit donné de manger le foie de ce taureau."
On s'affligea beaucoup de ce qu'elle disait, et la cour de Pharaon en fut malade, parce que le taureau était sacré.

Mais quand le jour suivant éclaira la terre, on proclama une grande fête d'offrandes et de sacrifices en, l'honneur du taureau et l'on envoya l'un des bouchers en chef de sa Majesté pour égorger le taureau.
Or, après que le boucher l'eut égorgé, tandis qu'il pesait sur les épaules des gens qui l'emportaient, il laissa tomber deux gouttes de sang près du double perron de sa Majesté.
L'une tomba d'un côté de la grande porte de Pharaon, l'autre en face, et il en sortit deux grands perséas, chacun de toute beauté, ces beaux arbres à fruit merveilleux, dont le proverbe dit :
"Une bouchée de perséa réconforte le coeur."
Vite, on alla dire à sa Majesté :
"Il y a un grand prodige pour sa Majesté : deux grand perséas ont poussé auprès de la grande porte du palais royal."
Et on se réjouit à cause d'eux dans la terre-Entière et on leur fit des offrandes comme à des arbres sacrés.
Et beaucoup de jours après, Sa Majesté se para du diadème de lapis-lazuli, suspendit à son cou des guirlandes de toutes sortes de fleurs et monta sur son char vermeil pour sortir du palais et voir les perséas merveilleux.
La favorite sortit sur son char à deux chevaux, à la suite du Pharaon.
Sa majesté s'assit sous l'un des perséas et la favorite sous l'autre, en face.
Quand elle fut assise, le perséa parla à sa femme :
"Ah, perfide ! Je suis Bata et je vis, maltraité par toi. Tu savais bien que faire couper l'acacia par Pharaon, c'était me mettre à mal ; tu savais bien que faire égorger le taureau, c'était me tuer."
Et après beaucoup de jours encore, comme la favorite était assise à la table de Sa Majesté, et que Sa Majesté était bien disposé envers elle, elle dit à Sa Majesté :
"Prête moi serment par Amon-Râ, disant : Ce que tu demanderas, je te le donnerai.
Parle !"
Il accorda ce qu'elle voulait.

Elle dit :
"Fais abattre ces deux perséas et qu'on m'en fabrique de beaux coffres ! "
Ce fut entendu et Sa Majesté envoya des charpentiers habiles qui coupèrent les perséas de Pharaon tandis que la favorite se tenait là, à regarder faire.
Et voilà que tout à coup, un copeau s'envola et entra dans la bouche de la favorite. Les charpentiers fabriquèrent les coffres et on fit tout ce qu'elle voulut.
Et beaucoup de jours après, elle mit au monde un enfant mâle et on alla dire à Sa Majesté :
"Il t'est né un fils !"
On l'apporta, on lui donna des nourrices et des remueuses, et des berceuses.
On se réjouit dans la Terre-Entière.
Vous devinez que ce fils n'était autre que Bata.
On fit un jour de fête en son honneur.
Sa Majesté l'aima beaucoup, beaucoup, sur l'heure, et on le salua fils royal, prince de Kaoushou, et plus tard Sa Majesté le fit prince héritier de la Terre-Entière.
Et après beaucoup d'années, Sa majesté s'envola vers le ciel.
Le nouveau Pharaon dit :
"Qu'on m'amène les grands officiers de Sa majesté, que je leur fasse connaître mon histoire."
On lui amena son ancienne femme, il la jugea devant eux et les conseillers de la cour approuvèrent son jugement .
On lui amena son grand frère et il le fils prince héritier de la terre-Entière.
Bata fut vingt ans roi d'Égypte, puis il quitta la vie et son grand frère occupa sa place le jour de ses funérailles.



FIN

*Harakhty ou Râ-Harakhty
Centre de culte, origine : Héliopolis, centre du culte solaire, dès la Vème dynastie. Il fut également adoré à Letopolis, Abou Simbel, El Derr et Amada.



Nom égyptien
: Horakhty
Nom grec : Harakhty
Animal assimilé : faucon
Dieu Grec assimilé : Hélios
Description
: Horakhty est l'un des aspects sous lesquels se montre le Soleil, selon les
croyances heliopolitaines. Il est connu depuis la Ière dynastie. Il était
d'abord le "Seigneur de Denderah" avant de céder sa place à
Hathor, et, à l'origine, les champs d'Ialou dépendaient de lui
avant d'être contrôlés par Osiris. Son nom signifie en égyptien
"Horus qui appartient à l'Horizon". Il est une épithète
de Râ et l'une des formes d'Horus. Il représente le soleil au zénith,
c'est à dire au sommet de sa splendeur et de sa puissance et est vénéré
à Héliopolis. Râ a été assimilé par
syncrétisme à Harakhty, auquel il emprunte la tête de faucon.
Sous Akhenaton, le dieu est considéré comme l'un des aspects d'Aton.
Son épouse était Lousaas.