Pharphelulu, la sorçière
Il était une fois, une vieille sorcière.
Une vieille sorcière mangeuse d'enfants désobéissants,
pas sages du tout, mais surtout bien tendres.
Elle
a écrit un gros livre de recettes dans lequel se trouvent répertoriées
toutes les façons d'accommoder les petits garçons odieux et les
petites
filles infernales : bouillis, rôtis, frits, en salade.
Dans son jeune temps,
pour attirer son gibier dans son antre,
elle récitait des incantations :
"Par la puissance des farfadets, des ogres et des ogresses ! Dans mon
chaudron tombez ! Sur les mains, sur les pieds, sur les fesses !"
Aussitôt
des nuages multicolores apparaissaient autour d'elle pour se
précipiter tous dans l'énorme marmite écumante.
Chaque nuage était un enfant.
Autrefois,
il lui suffisait d'invoquer quelques secondes pour
remplir son chaudron à ras-bord !
C'était le bon temps...
Et même le chouette bon temps : celui des Malheurs de Sophie, des
prisons et des bagnes pour enfants, des fessées à la maison, du
fouet
dans les écoles.
Enfin, que des bonnes choses !
Il était facile de faire un choix de première qualité parmi
tant de garne-
ments si méchants.
Personne ne se plaignait de leur disparition, au contraire : bon débarras.
Zou, le vilain !!
Les gens savaient vivre...
Pharphelulu
se souvient avec nostalgie des
fêtes d'Halloween sensationnelles qu'elle a données à ses
copains
fantômes et revenants.
Par exemple, voici le menu qu'elle a servi à ses invités pour
l' Halloween
de 1812 :
Salmigondis de doigts (mains gauches et mains droites)
Rognures d'ongles au vinaigre balsamique
Gigolette de petite fille pommes sautées
Fricassée d'oreilles sur leur lit d'épinards
Glace aux yeux - Sorbet de cervelle - Café - Liqueurs
Un vrai régal !
Aujourd'hui, rien n'est pareil.
Les
parents se ramollissent : ils soignent et
cajolent leurs enfants.
Et
je te fais un bisou, et je te raconte une histoire,
et je te dis que je t'aime, et je te pardonne tes bêtises.
C'est révoltant, intolérable et inadmissible !
Pharphelulu est écurée par tant de bonne volonté sirupeuse qui rend les enfants sages et la laisse affamée.
Elle
s'acharne encore autour de son chaudron et récite toutes les
formules magiques de sa connaissance.
Hélas ! Rien n'arrive ou si peu, qu'elle en a perdu la mémoire.
Maintenant,
elle fait comme tout le monde,
elle va chez le boucher.
Mais c'est quand même la chair des enfants qu'elle préfère.
Petits enfants, méfiez-vous :
elle est peut-être dans votre ville.
Elle n'est pas méchante, dans le fond, mais elle a très, très faim.
Si vous avez menti,
si vous n'avez pas fait vos devoirs,
si vous avez fait enrager quelqu'un,
prenez garde à Pharphelulu :
elle guette...